lundi 23 août 2010

Virtuellement réel


La porte se referme sur moi et j’entre dans la petite pièce aux murs blancs, vierges. Un fauteuil aux larges accoudoirs semble me tendre les bras, m’inviter. Je ne me fais pas prier, je tremble même un peu sous l’effet de mon excitation contenue.

Je m’installe confortablement. Plus d’une fois, je me suis relevé avec un mal de dos atroce, alors je prends mes précautions.

Ca fait une semaine que je n’ai pas pu venir ici. Une semaine de tracasseries administratives, de démarches pour trouver le bon réparateur. Je continue d’ailleurs de me demander ce qui s’est passé. S’il s’agissait d’un bug, ou bien d’un virus.

Tout ce que je sais, c’est que le réparateur est finalement venu hier. Il a trifouillé un peu partout, il a trouvé la source de la panne et il est reparti sans un mot. Après tout, c’est ce que j’attendais de lui et ça lui convenait aussi.

J’applique ma nuque sur le dossier en retenant mon souffle et le petit choc électrique ne me prend pas au dépourvu, pour une fois. J’inspire un bon coup avant de caler mes bras sur les accoudoirs et d’appuyer sur le bouton de démarrage du programme.

Le clavier virtuel apparaît aussitôt devant moi et je me mets à pianoter, fébrile. J’ai l’impression d’être dans du coton quand les effets de l’anesthésiant léger commencent à se faire sentir. Je flotte à quelques mètres de mon corps, l’esprit parfaitement clair, limpide.

Les murs s’enfoncent dans le sol, se liquéfient, disparaissent, remplacés par des portes vitrées donnant sur le hall d’accueil de mon travail. L’ascenseur m’aspire puis me recrache à mon étage, les portes de mon bureau s’ouvrent pour me laisser passer.

A mon entrée, mon assistante me demande comment je vais puis me tend l’ordre du jour de la prochaine réunion. Je lui réponds par les banalités d’usage et un sourire mais son visage à elle reste figé. Un masque de cire immuable, dénué d’expressions. C’est sûrement tout ce qu’elle a pu se payer avec maigre son salaire, je me dis. Un beau visage, quand même, je pourrais peut-être l’inviter à déjeuner ?

Je m’assieds dans mon fauteuil, je me laisse aller en arrière. Je sens sous mes doigts la texture du cuir un peu vieilli, un peu craquelé. Les lumières sont douces, tamisées, et je ferme les yeux pour mieux percevoir leur chaleur sur ma peau. Distraitement, je caresse d’une main le clavier en plastique brut, j’enfonce quelques touches juste pour le plaisir d’entendre le chclic que cela produit.

Je me sens bien, en paix. Après une semaine entière à subir le poids des choses, le moindre changement d’humeur de la météo, je suis enfin de retour.

De retour dans le monde réel.

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