mardi 24 août 2010

Parapluie-douche

Pour le dessin de Jop à associer au texte ci-dessous, cliquez ICI !
Dessin by JOP, texte by Scalp
Mon embarcation filait dans les eaux tumultueuses du grand fleuve Amazone. J’étais seule dans ma pirogue, luttant avec ma petite pagaie pour me maintenir au centre du fleuve, loin des dangers qui en peuplaient les rives.
Les premiers jours, plusieurs des membres de l’expédition ont péri sous le feu croisé de plusieurs tribus indigènes. Des petites fléchettes, à la pointe  probablement empoisonnée, avaient décimée notre groupe.
Par la suite, des roches affleurant à la surface avaient renversée une embarcation, projetant ses occupants dans l’eau. Des crocodiles, qui paressaient sur les rives, s’étaient dirigés vers le fleuve, paresseusement. Ils avaient finalement été devancés par une multitude de poissons aux dents aiguisées. Des Piranhas, devais-je apprendre plus tard.
Puis, la maladie avait emporté les derniers de mes compagnons, et je m’étais retrouvée seule, sur la plus petite des pirogues, avec seulement quelques jours de vivres. Très vite, j’avais perdu la carte qui devait me mener au trésor, et depuis je naviguais droit devant moi, au hasard des embranchements et des bifurcations qu’empruntait le fleuve millénaire.
Tout en songeant à mon destin, de plus en plus probable, je commençais à entendre un grondement sourd dans le lointain. Songeuse, je me demandais ce que me réservait encore l’avenir, et par quelles péripéties je devrais encore passer avant de connaître la fin de l’histoire.
Soudain, un tronc d’arbre creva la surface du fleuve à seulement quelques mètres devant moi. Il était trop tard pour l’éviter complètement, et les branches raclèrent contre le côté de ma pirogue. De l’eau commença à s’infiltrer, mais très lentement, presque au goute à goute. Le trou devait être très réduit, j’avais peut-être encore une chance de m’en sortir.
Le contact avec l’arbre m’avait envoyée tournoyer et je parvins de justesse à me retenir de vomir. Par chance, j’étais restée à peu près au milieu du fleuve, et je finis par stabiliser ma pirogue après un effort violent porté sur ma pagaie.
Le grondement sourd s’était rapproché, et je distinguais un nuage d’écume quelques centaines de mètres plus loin, vers l’avant. De la brume se répandait sur toute la largeur du fleuve, bloquant progressivement toute visibilité.
Le grondement était assourdissant, à présent, et je compris soudain ce que c’était : devant moi, le fleuve disparaissait brusquement pour laisser place à l’horizon. Une chute d’eau ! Il ne manquait plus que ça ! je pensais, un peu lasse. Je n’avais même plus la force de m’inquiéter, toutes ces épreuves m’avaient usée, lessivée, et j’avais de plus en plus de mal à réfléchir correctement.
Impuissante, je regardai la mort écumante fondre sur moi sans réagir. Qu’aurais-je pu faire de toute façon ? Il était trop tard, les rives étaient trop loin de chaque côté, impossible de les rejoindre à présent. J’eu une dernière pensée pour mes parents avant de m’envoler dans le ciel, à la rencontre des nuages.
Je traversais un nuage de brume tellement compact que je fus aussitôt trempée jusqu’aux os. Je me sentis tomber comme une pierre, ma pirogue sembla se maintenir à l’horizontal quelques secondes avant de piquer brutalement du nez.
Je pouvais voir le fleuve en contrebas, désormais, une dizaine de mètres plus bas. Je m’attendais à pire, j’avais une chance de m’en sortir, cette fois encore !
Le choc fut quand même violent, et je sentis mes poumons se vider de leur oxygène lorsque je percutais le lit du fleuve, au pied de la chute. Je m’enfonçais dans l’eau de quelques mètres avant de remonter brutalement, comme le bouchon d’une bouteille de champagne qu’on vient de sabrer. Je crevais la surface dans l’autre sens et en jaillit, avant de retomber comme une pierre et de me réceptionner lourdement.
Par chance, j’étais dans le bon sens, le corps hors de l’eau, et je me sentis filer vers l’avant dans le courant tumultueux. J’avais les yeux plein d’eau, je n’y voyais plus très bien. Mais je sentis bientôt ma vitesse décroître tandis que le fleuve calmait ses ardeurs. Lorsque je pus enfin regarder autour de moi, la rive la plus proche n’était qu’à quelques mètres. Par miracle, j’avais conservé ma pagaie et je commençais à m’en servir avec frénésie, pour rejoindre la rive et quitter enfin le fleuve et ses dangers.
J’avais presque réussi lorsque le silence se fit. Je n’entendais plus le bruissement du vent dans les arbres, l’eau s’écoulait sans bruit sous mon embarcation. Je crus être devenue sourde, lorsque j’entendis une voix mélodieuse s’élever dans le silence. Elle semblait m’appeler, elle me cherchait, désespérée.
Je cessais de pagayer et me redressais pour tenter de repérer l’origine de la voix, pour essayer de comprendre ce qu’elle tentait de me dire. Le fleuve était calme, les branches des arbres ne remuaient plus sous l’effet du vent, je compris que quelque chose de surnaturel était en train de se produire. Avais-je enfin trouvé le trésor que je cherchais depuis tant d’années ?
Une soudaine bouffée d’espoir m’envahit et je me levais dans ma pirogue, manquant de justesse tomber dans le fleuve lorsque celle-ci se mit à tanguer dangereusement. Lorsque je fus parvenue à me stabiliser, je me rendis compte que j’entendais la voix avec beaucoup plus de netteté.
-          Jop, disait-elle… Jop…
Elle m’appelait, à présent j’en étais sûre ! Mais que me voulait la voix ? Comment connaissait-elle mon nom ?
-          Joooooooooooopp !
La voix s’impatientait. Elle criait, me cherchait, s’énervait. Je devais lui répondre, mais je n’y arrivais pas. Je ne voyais presque plus le fleuve autour de moi. Les arbres avaient disparus dans un grand brouillard.
Je clignais des yeux et me retrouvais au milieu d’un grand jardin. J’étais assise dans un grand parapluie retourné sur le sol grisâtre d’une grande allée. J’étais recouverte de mousse. Mais qu’est-ce que je fais là ? pensais-je, en reposant un savon que je tenais dans la main. Quelle aventure, en tout cas !
La voix revint, plus claire encore.
-          Jooooppp, où es-tu ? Je suis rentré ! J’ai vu ton manteau, je sais que tu es là !
L’homme qui m’appelait s’encadrait dans la porte donnant sur le jardin. Il était vêtu d’un pantalon beige et d’un t-shirt blanc au col en V. Il me vit soudain et sembla rassuré, bien qu’un peu étonné de me voir me laver dans un parapluie renversé. Il me fit aussitôt un grand geste de la main, comme s’il voulait me montrer quelque chose.
Je me levais, me séchais avec une serviette bleue proprement pliée à côté du parapluie, puis je courus le rejoindre.
J’arrive ! m’écriais-je en riant, les cheveux encore pleins de mousse.

2 commentaires:

jop a dit…

j'ai bien aimé celui-ci. Une aventure qu'on s'invente, ça me plait !
à+ch'

Scalp a dit…

Merci pour ce commentaire, Jo, ça me fait très plaisir ! ;)