Surtout ne courez pas, malheureux ! Qui sait ce qui pourrait vous arriver si vous veniez à oublier ce principe pourtant ô combien salutaire par les temps qui… courent.
Moi-même je l’ai oublié un court instant. Laissez moi vous raconter tant que c’est encore frais (douloureux) dans ma mémoire.
Le jour venait à peine de se lever, c’était le moment où l’ami Ricoré est censé se pointer à notre table. Il n’est pas venu chez moi, ce qui peut expliquer bien des choses. A la place il y avait un bête bol de café et peut-être une tartine. Il y avait aussi des enfants en pagaille qui refusaient obstinément de s’habiller en vitesse, mais c’est normal, il paraît. Ils étaient trois, comme toujours depuis le 24 octobre 2008, date de l’arrivée du dernier de la fratrie.
Myriam, l’aînée, et sa rentrée prochaine au CP, sa montre passée à la cheville, ses collages disséminés un peu partout dans sa chambre. Sa chambre aux murs blancs à l’origine, peinturlurés, gribouillés, depuis. Ses yeux légèrement en amande « elle est chinoise ? » « Pas à priori, non. »
Camille, le cadet, et sa grande sensibilité (« papa, maman, c’est interdit les lunettes posées sur la table ! » « Mais pourquoi tu dis ça, mon chou ? » « OUIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN… » oups…). Ses beaux cheveux, ses grands yeux à la manga, tous ces gens croisés dans la rue « oh la belle petite fille » (il a 3 ans, au fait). Oui, Myriam, toi aussi tu as de beaux cheveux.
Thomas le benjamin (et non pas l’inverse, cela n’aurait aucun sens). Son otite de la semaine dernière, ses rires quand on lui tend des chaussettes, ses ondulations des jambes quand il se met debout, cramponné à tout ce qui passe (Dancing King, yeah !), sa bave, qu’il distribue joyeusement autour de lui.
Et ma femme, ma belle, ma douce, ma tendre, mon aimante femme. Future décoratrice d’intérieur (qui a dit « futur Damidot ? »), chanteuse à ses heures perdues (pas perdues pour tout le monde). Celle qui a dit « OUI », quoi.
Les personnages sont introduits, passons au décor.
Un appartement tout ce qu’il y a de plus banal, quelques chambres, un salon, une cuisine, et autres appendices nécessaires à une vie salubre et saine. De la lumière toute la journée, du côté chambres le matin, du côté salon le soir. D’ailleurs, vive cette nouvelle télé que l’ont peut continuer de regarder même avec le soleil dans le dos ! Ca change la vie !
La ville ? Banlieue proche (de paris, eh oui), très proche même, mais pas encore assez.
Oh, et puis on s’en moque, du décor, non ? Allez, laissez moi vous raconter comment cela m’est arrivé, au présent. Vous voulez bien ? Merci à vous, vous êtes bien urbains.
Le soleil vient me réveiller tout en douceur.
Il n’y a pas si longtemps, ça aurait plutôt été des cris de bébé affamé, mais maintenant c’est le soleil, ouf. Je me lève, le cerveau dans les chaussettes et les yeux encore perdus sur une planète lointaine. Je ne sais pas ce que cette journée me réserve et je pense seulement que j’ai trop dormi, comme d’habitude. Le couloir m’aspire brusquement et me rejette dans la cuisine, j’esquive la poubelle du carton, je passe à côté du sac des courses d’hier et je parviens à appuyer sur le bouton de la cafetière sans trop de dégâts. Par chance, j’ai préparé ladite cafetière la veille. Je respire un bon coup.
Il n’y a pas si longtemps, ça aurait plutôt été des cris de bébé affamé, mais maintenant c’est le soleil, ouf. Je me lève, le cerveau dans les chaussettes et les yeux encore perdus sur une planète lointaine. Je ne sais pas ce que cette journée me réserve et je pense seulement que j’ai trop dormi, comme d’habitude. Le couloir m’aspire brusquement et me rejette dans la cuisine, j’esquive la poubelle du carton, je passe à côté du sac des courses d’hier et je parviens à appuyer sur le bouton de la cafetière sans trop de dégâts. Par chance, j’ai préparé ladite cafetière la veille. Je respire un bon coup.
D’un geste lent, calculé, je récupère sur l’étagère le paquet de céréales et le chocolat en poudre des enfants et je les apporte dans le salon. Suivent plusieurs trajets d’un ennui mortel pour garnir d’objets divers (bols, verres, etc…) la table du petit déjeuner à laquelle, décidemment, l’ami Ricoré n’est pas assit.
Le café passe, tranquille, en prenant son temps, sans courir (heureux veinard). Je me dirige donc vers la salle de bain où j’entreprends d’éliminer toutes traces de broussailles de mon visage juvénile. Mais il en reste toujours, des poils !!! Saleté.
Bon, admettons, j’ai réussi à tous les avoir. D’ailleurs, je les entends s’agiter au fond de la baignoire en m’agonisant d’injures. C’est un monde, franchement. Est-ce que je leur ai donné l’autorisation, moi, de venir squatter mon visage ?
Là, mon café est prêt. Direction la cuisine et toujours les mêmes obstacles à éviter. Je prends le café tout chaud et je le verse prudemment dans mon bol (je ne l’ai toujours pas bu, ma vision 3D n’est donc pas encore complètement activée). Je laisse ensuite les enfants y mettre du sucre. « regarde papa, il marche sur le bord. Regarde pap’, il va sauter du plongeoir. Plouf, il a coulé ! Oh, on le voit encore ! » (Ca, c’est synonyme de café pas très fort… Ca promet !)
J’en ai vu un qui baye ! Ne niez pas, je vous ai vu ! Bon, bon, ça va, j’ai compris, j’abrège.
Ma femme m’a rejoint. Elle ne prend pas de café, elle, elle n’en a pas besoin. Elle se contente de se peser sur une wii balance board. Ca lui donne un coup de fouet, je suppose, parcequ’elle est beaucoup plus active après. Du moment que ce n’est pas à moi qu’elle le donne, le coup de fouet en question, hein.
Déjà 8h15 ! Aujourd’hui pas d’école, on est mercredi. Ah non, en fait c’est juste que c’est encore les vacances. Les vacances… Ce mot sonne bien, il faudra que j’y songe, un de ces jours. Vous connaissez ça, vous, des vacances ? Vous en avez déjà rencontré un troupeau en liberté ? Pensez à m’envoyer la photo.
L’ascenseur arrive péniblement, lentement. Personne n’a songé à lui faire chauffer son café, à celui-là ?
Les portes s’ouvrent dans un grincement sinistre, telles les mâchoires rouillées d’un horrible monstre mécanique. Nonobstant, je monte. Les portes se referment sur moi dans un claquement, l’ascenseur entame sa longue et dangereuse descension (des-ascension ?) en raclant avec vigueur les portes à chaque étage. Heureusement, Eric a entretenu cet ascenseur le XX/XX/09. Eric ? Qui est éric ? Eh bien je ne sais pas, moi, c’est le prénom inscrit sur la fiche d’entretien.
Les portes s’ouvrent dans un grincement sinistre, telles les mâchoires rouillées d’un horrible monstre mécanique. Nonobstant, je monte. Les portes se referment sur moi dans un claquement, l’ascenseur entame sa longue et dangereuse descension (des-ascension ?) en raclant avec vigueur les portes à chaque étage. Heureusement, Eric a entretenu cet ascenseur le XX/XX/09. Eric ? Qui est éric ? Eh bien je ne sais pas, moi, c’est le prénom inscrit sur la fiche d’entretien.
Avec un dernier soupir, le terrible engin me relâche comme à regret. Je m’extirpe de ses entrailles pour rejoindre le grand air, la lumière du soleil, le petit square terreux en bas de chez moi et son lot de crottes de chien à moitié enterrées que les enfants prennent un malin plaisir à trouver du premier coup d’œil à chaque fois qu’on les laisse jouer là… Mais comment font-ils donc ? Ils sont forts.
Un dernier geste en direction de la fenêtre au 8éme étage, une poignée de mains virile avec le gardien,et me voilà franchissant le portail de la résidence avec entrain, la tête déjà pleine du travail qui m’attend aujourd’hui. « Bon, il faut répondre à jérémy aujourd’hui même, sans fautes. Mais il va falloir en parler avec Corinne d’abord. Et Fabrice, qu’est-ce qu’il en pense ? ». Enfin, vous voyez le genre.
Merde ! Le bus ! Il va me passer sous le nez, le sagouin ! Heureusement, un sixième sens m’avait averti en sortant dans la rue et j’avais déjà commencé à allonger la foulée. Là, je passe en mode course, je mets le pied gauche sur la chaussée, le bus est arrêté quelques mètres plus loin. Il va me voir, il va me voir, il va me voir… J’ai vu la voiture… Me foncer dessus… Le con.
Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je tends mon corps tout entier vers le trottoir et le sentiment de sécurité qui s’en dégage. Mon pied droit tourne, le gauche tente un redressement subtil… Crac ! La cheville part en vrille et se tord vers l’extérieur.
Aïe.
Un grillage bien placé m’aide à rester debout mais je n’en mène pas large. Je sautille sur place en rageant lorsque je vois le bus redémarrer… Et venir s’arrêter à ma hauteur. Qu’il est sympa !!!
Alors je monte, bien sûr. Et soudain, c’est le drame ! La tête me tourne, j’ai la nausée, je crois que… Je vais tomber dans les pommes… Feu rouge… Je retourne auprès du conducteur en louvoyant (traduction : en titubant) et je lui demande de me libérer. Il le fait, et je me précipite (mais lentement, hein, toujours en titubant) vers une poubelle, juste au cas où, et je m’écroule vaillamment juste à côté.
Comme une loque, quoi.
A moins de300 mètres de chez moi.
Comme une loque, quoi.
A moins de
Là, le temps se fige et je pars en vrille jusqu’à ce qu’une charmante automobiliste (merci encore à elle) s’arrête à ma hauteur et sorte de sa voiture pour appeler les pompiers.
Le reste, tout le monde connaît à part les heureux veinards. Pinpon pinpon pinpon… Arrivée à l’hôpital en fauteuil roulant, radio (qu’ils ne m’ont même pas laissé garder, les vaches), remplissage de documents administratifs, attente, etc…
« Alors, vous avez droit à 2 jours d’arrêt de travail » me dit l’infirmière. Confiant, je me repose deux jours et je retourne au travail seulement le surlendemain. Mais en donnant la feuille d’accident du travail à mon employeur, je constate une toute autre réalité : je n’avais eu droit qu’à une journée, en fait. Résultat, j’ai dû poser un jour de congé payé… Mais tout est bien qui finit bien, j’aurais pu me faire écraser, non ?
En résumé, et comme je le disais dans l’introduction, Ne courez pas ! Attendez le bus suivant.
Parce que depuis, on m’a parlé d’un gars qui s’est fait rouler sur le pied par le bus dans lequel il voulait tant monter… 12 mois d’immobilité, ça tente quelqu’un ?
A bon entendeur…
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