mardi 24 août 2010

La Facture

Pour le dessin de Jop à associer au texte ci-dessous, cliquez ICI !
 
Dessin by JOP, texte by Scalp

D’un geste souple, David (« TwoDee » pour les intimes) regarda sa montre tout en continuant de gravir les escaliers du métro. L’air frais le cueillit brutalement à la sortie et il se dépêcha de traverser la rue en direction d’une large esplanade. Sa chemisette en coton n’étais pas bien chaude, pas plus que son pantalon de flanelle de couleur beige, et il commençait à frissonner.
Il était tard, les derniers rayons du soleil jouaient à cache-cache avec le camion du pizzaiolo, qui enfournait avec lenteur une pizza de plus. David commençait à avoir hâte de retrouver son « chez-lui », où devait sûrement l’attendre Jop. Il l’imagina les doigts de pieds en éventails, son mac tout neuf posé sur son ventre, en train de pianoter ou peut-être de s’occuper du CV d’un de ses clients. Peut-être un chanteur, ou bien un guitariste.
La grille se referma avec un bruit sec, la porte de la boite aux lettres s’ouvrit avec un léger grincement. Quelques prospectus, une lettre pour Jop… Une facture de téléphone... Super.
La clé joua un peu dans la serrure avant d’en déclencher l’ouverture, et TwoDee s’engouffra dans l’escalier en soupirant. Tout en montant les marches, il entreprit de décacheter la lettre de la facture, et d’en sortir les quelques feuillets un peu trop volumineux à son goût.
Un chiffre lui sauta tout de suite aux yeux : un dépassement de forfait ! Combien ? se dit-il, de plus en plus énervé.
-           10€ ? Non mais c’est quoi ce bordel ! s’écria-t-il avant de s’arrêter dans l’escalier et de regarder autour de lui, une main sur la bouche. Personne.
L’agence la plus proche n’était qu’à 2 minutes de marche, il décida de s’y rendre sans même prendre le temps de déposer sa sacoche chez lui. Ca va être sanglant, ils vont m’entendre !
Dans la rue, un garçon aux cheveux longs et bouclés chantonnait « J’aurais voulu être un artiiiiiiiiiisteeeeeeeeeeeuuuuuuuuuuuu ». A côté de lui, une petite fille aux cheveux noirs, l’air concentré, avait renversé une caisse sur le sol. Dessus, elle avait posé une boite d’œufs vide et quelques pots de peinture aux couleurs vives. Elle tenait un petit pinceau dans la main et s’évertuait à décorer sa boite d’œufs en tirant la langue. Sa robe trainait par terre, dans la poussière. Le garçon avait embrayé sur une autre chanson, qui commençait par « Quand les dinosaures, ils étaient lààààààààààà… ». TwoDee s’éloigna rapidement, obnubilé par l’image de la facture virevoltant devant ses yeux.
-           Bonjour Monsieur, vous désirez ?
-           Euh… Et bien…
-           Souhaitez-vous changer de mobile ? Souscrire un nouvel abonnement, peut-être ?
Sans un mot, TwoDee sortit un pistolet mitrailleur de sa poche ventrale, ôta la sécurité et expédia une dizaine de balles dans le ventre du vendeur SFR. Dans un splendide vol plané, celui-ci se retrouva expédié par-dessus le comptoir avant de s’encastrer dans la porte menant à la réserve. Dans un grand cri, les quelques clients présents dans la boutique commencèrent à refluer vers le fond, tout en essayant de se cacher les uns derrière les autres.
La facture glissa au sol tandis que TwoDee s’emparait, de sa main libre, d’une grenade qu’il dégoupilla avec les dents. Il l’envoya dans une courbe parfaite en direction des clients agglutinés contre les vitrines remplies de téléphones et de lecteur MP3, qui explosèrent dans un grand vacarme de verre brisé, de métal déchiré et d’os réduits en miettes.
Dans la foulée, TwoDee sauta sur le comptoir, vidant son chargeur sur les employés recroquevillés derrière d’un seul geste rageur. Avisant plusieurs bouteilles d’alcool cachées sous la caisse enregistreuse, il entreprit alors d’en répandre le contenu sur le sol en parquet de la boutique. Une fois les bouteilles vidées et envoyées rejoindre les débris de vitrines et de présentoirs, TwoDee sortit alors un Zippo de sa poche.
Chclic, fit le briquet avec un bruit métallique. Tout en reculant vers la sortie, TwoDee balança d’un geste négligent le Zippo dans le liquide répandu au sol, qui s’enflamma dans un grand Wooofff. Les flammes se communiquèrent rapidement à toute la boutique, s’attaquant avec violence au comptoir en contreplaqué couleur Wengé, avant de faire exploser les dernières vitrines demeurées intactes.
Alors que TwoDee quittait la boutique et repartait dans la rue, la chaleur fit voler en éclats les larges portes vitrées coulissantes, décapitant proprement plusieurs quidams venus admirer le carnage. TwoDee prit le temps de s’allumer une cigarette avec une petite allumette, puis se détourna de la boutique dévastée tandis qu’une sirène éclatait dans le silence, faisant écho à la sirène de plusieurs camions de pompiers en approche rapide…
-           Mais je vois que vous êtes déjà client chez nous, Monsieur, s’exclama un homme en lorgnant la main gauche de TwoDee.
TwoDee se redressa et regarda autour de lui, un peu surpris. Il tenait toujours sa facture dans la main et se trouvait dans l’entrée de l’agence SFR. L’un des employés, pantalon noir et veste rouge aux couleurs de l’agence, l’observait d’un air détaché.
-           Avec le nombre de points dont vous disposez, continua le vendeur en prenant la facture des mains de TwoDee, vous pouvez facilement acquérir un nouveau mobile pour 1 €. Que diriez-vous de passer à un Smartphone ?
-           Je veux surtout que vous m’expliquiez comment je peux me faire surfacturer de 10€, alors que je ne me sers presque pas de mon téléphone ! Il me reste 2 heures de communication, ce mois-ci !
-           Alors laissez moi voir… embraya le vendeur, professionnel. Oui, je vois, déclara-t-il quelques secondes plus tard. Vous avez passé un appel vers un numéro surtaxé, Monsieur. A 10€ la minute. Tenez, c’est cette ligne, là, indiqua-t-il alors en pointant du doigt une ligne de la facture.
-           Quoi ? Combien ? Passez moi ça, rétorqua TwoDee en reprenant la facture en main. 10€ la minute ? Vous vous foutez de moi ? Bordel, c’est vrai en plus !
-           Content d’avoir pu vous renseigner, Monsieur. Désirez-vous autre chose ?
-           Non non, ça ira, merci. Mais c’est quoi, ce numéro ? se demanda alors TwoDee à voix haute, en se tournant à nouveau vers le vendeur.
-           Navré de ne pas pouvoir vous répondre, Monsieur. A présent, si vous permettez, d’autres clients attendent. Je peux…
La porte vitrée se referma sur TwoDee sans un bruit tandis que le vendeur se précipitait avec un grand sourire vers une nouvelle cliente, jupe fendue et chemisier moulant de couleur rouge. En soupirant, TwoDee se décida à rentrer chez lui. Peut-être Jop sera-t-elle au courant ?
De la lumière filtrait à travers les persiennes du salon, TwoDee se dépêcha de gravir les marches de l’escalier et de toquer à la porte. Il avait oublié ses clés, et dut attendre que Jop vienne lui ouvrir.
-           Coucou mon cœur ! Ca va mon doudou chéri ? s’exclama Jop en le prenant dans ses bras et en lui faisant des petits bisous dans le cou.
-           Ca va mon sucre d’orge, juste un peu fatigué, c’est tout.
-           Qu’est-ce que tu tiens dans la main ? Tu as pris le courrier ? lui demanda Jop en s’écartant.
-           C’est ma facture téléphone. J’ai un dépassement. 10€, expliqua TwoDee en se laissant tomber dans le fauteuil du salon, une bière à la main.
-           10€ ? Tu as appelé qui ?
-           Tiens, regarde, c’est ce numéro en 08, là, répondit TwoDee en tendant la facture à Jop et en lui montrant la ligne coupable sur la facture. 1 minute, 10€. Tu le crois, toi ? Je suis sûr de n’avoir jamais appelé ce numéro, en plus.
Jop prit la facture et s’éloigna vers la table en bois massif d’un air pensif. Elle se tapota la lèvre du bout des doigts, machinalement avant d’émettre un petit cri.
-           Oh oh… Je crois que je sais ce que c’est… continua-t-elle d’une voix gênée.
-           Tu sais ce que c’est, ma Jop ? Explique ? demanda TwoDee en se levant et en s’approchant d’elle.
-           Tu te souviens il y a deux-trois semaines ? Je t’ai dit que tu avais eu un appel bizarre, le jour où tu as oublié ton téléphone à l’appart’ ?
-           Euh… Non, ça ne me dit rien. Mais continue. TwoDee massait les épaules de Jop, distraitement.
-           Et bien, je suis presque sûre que c’était ce numéro. En tout cas, c’était ce jour là.
-           Attends, je crois que ça me dit quelque chose, finalement… L’interrompit TwoDee d’un air songeur. Mais tu m’avais dit que tu n’avais pas rappelé, je me trompe ?
-           J’ai dis ça, moi ? s’exclama Jop en se tournant vers TwoDee tout en affichant un air innocent, les yeux grand arrondis de surprise. Bon, peut-être que j’avais rappelé, en fait. Hum. Tu ne m’en veux pas, mon doudou chéri ? continua-t-elle en entourant le cou de TwoDee avec ses bras et en se plaquant contre lui.
Sans répondre, TwoDee empoigna les hanches de Jop avant de les propulser vers le haut pour faire basculer Jop sur son épaule. Les jambes de la fille battirent l’air une ou deux fois avant que TwoDee ne la projette à travers la fenêtre en un seul geste fluide. Les persiennes furent arrachées par la violence de l’impact et un cri rompit le silence avant de s’interrompre brutalement avec un bruit mat, un choc sourd. TwoDee se frotta les mains en observant le corps disloqué en bas, dans le jardin des propriétaires. Une mare de sang s’étendait rapidement, tâche incongrue de rouge sur fond vert.
Songeur, TwoDee alla chercher le bottin des pages jaunes. Après s’être humidifié le bout d’un doigt, il tourna les pages jusqu’à atteindre celle des vitriers. C’est chiant, maintenant il faut que je remplace le carreau cassé… Ca me rappelle le coup de fesses de Scalp, tiens.
-           Je n’aime pas trop que tu me regarde comme ça, doudou chéri. Tu est sûr que tu ne m’en veux pas ? insista Jop en s’écartant d’un pas.
TwoDee secoua la tête une ou deux fois pour s’éclaircir les idées avant d’aller s’asseoir dans un large fauteuil en velours. Il s’y laissa tomber de tout son poids en soupirant, avant de reprendre sa bière entamée sur la table basse et d’en boire une longue gorgée.
-           Bien sûr que je ne t’en veux pas, ma Jop. Je t’aime trop pour t’en vouloir de ce genre de bêtise, tu le sais bien… C’est la fatigue, j’ai eu une journée difficile, c’est tout.
Derrière lui, Jop poussa un soupir discret avant de se diriger vers la cuisine. Resté seul, TwoDee se massa les tempes, les yeux fermés. Foutu journée, foutu facture, pensa-t-il finalement.
Lorsque Jop revint lui annoncer que le dîner était prêt, il dormait, la tête renversée en arrière, la bouche légèrement entrouverte. Il ronflait un peu, comme un enfant attendrissant. Jop lui caressa les cheveux avant de lui déposer un petit baiser sur le front et de le laisser à son sommeil. Elle éteignit les lampes avant de refermer la porte du salon, sans un bruit…

1 commentaire:

Anonyme a dit…

3 commentaires:
- Je vois bien ou tu veux en venir avec l'agence SFR en flammes.
- Moi aussi, ça me rapelle les fesses de Scalp!
- La 2ème phrase du 2nd paragraph commence par "Davis" au lieu de "David".