C'est l'histoire d'un chercheur de souvenirs, d'un homme dont le métier est de retrouver des témoignages du passé.
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Le vent souffle sur la ville, s’immisce dans les ruelles et toque du doigt aux fenêtres brisées des appartements désertés de tous sauf des rats. A la tombée du jour, ils sortent pour se nourrir, tapissant le bitume d’un épais tapis gris-noir troué de milliers de points lumineux, les yeux des rongeurs. Je rêve de plus en plus souvent d’un barbecue géant… Il me faudrait un lance-flammes, des grenades peut-être. La viande ne manque pas, mais elle mord, et je ne parle même pas des maladies.
De la ferraille s’écrase au sol, me tirant brutalement de mes rêveries. L’endroit est malsain, il ne faut plus que je m’attarde. Une dernière bouffée de tabac envahit mes poumons, une pichenette expédie ma cigarette au loin, et je reprends en main mes dernières trouvailles : un ours en peluche et un album photo. Sur la couverture, un enfant m’observe en souriant.
Des souvenirs remontent à la surface en le détaillant. Une voix, un rire, des cris. Des odeurs, également. Pas d’images, que du noir, et un peu de gris. Le reste est parti en fumée, tout se mélange dans ma tête. Je sais seulement que c’est pour ce genre de témoignages que je suis venu si loin, en plein cœur de la zone rouge. Mes clients me paieront bien, cette fois. J’ai trouvé ce qu’ils voulaient, même si j’ignore ce qu’ils espèrent en tirer à part des larmes et de la douleur.
- Putain de guerre.
Le soleil rase la cime des immeubles et les ombres s’allongent. Des bruits furtifs annoncent leur présence, dans les sous-sols. Il faut que je parte. L’ourson reprend sa place dans mon sac et je claudique vers un box à la porte usée par la rouille. A l’intérieur, une jeep de l’armée à la capote rapiécée. Leal, ma seule véritable amie.
La clé de contact fait tousser le moteur, un coup sur le tableau de bord et la jauge d’essence reprend sa place. Déjà quinze ans que je l’entretiens comme je peux, avec du matériel de récupération, mais elle s’essouffle chaque jour un peu plus.
Lentement, je me faufile entre les barres d’immeubles et les carcasses de voiture abandonnées. Le vent se réveille et s’engouffre dans les pages de l’album photo, ouvert sur le siège passager.
Une cassette dans le magnéto, le son poussé au maximum, je quitte la ville en chantant. Au beau milieu de Stairway to Heaven, la bande magnétique se bloque, définitivement.
Je chante plus fort, plus faux, ça me fait une présence, un compagnon… Quelqu’un à écouter.
4 commentaires:
en effet… ça laisse découvrir un monde terrible. Mais le souvenir procure de la nostalgie et la nostalgie un peu d'espoir… ?
Je reconnais ta patte et trouve que tes textes sont de plus en plus facile et léger à lire. Tout en donnant des détails, tu laisse une part d'imagination au lecteur (ce qui n'était peut-être pas le cas pour tes premiers ecrits).
On dirait une 4e de couverture, j'attends donc le reste du livre ;)
Excellent celui-ci !
Une véritable atmosphère, viciée, mortifère, un rêve de grandeur devenu décadence où des restes d'humanité s'abîment...un passé qui désormais conjugue l'avenir à l'imparfait pour un présent décomposé...
Fluide et sans lourdeurs inutiles (contrairement à mon post, mais je m'enflamme pour témoigner de mon enthousiasme!)
mais, dis-moi ? y'a du relachement ? on a plus rien à ce mettre sous la dent !!! ;) ne nous dit pas que tu es ralenti pas la neige, elle a fondu depuis longtemps !
Mais c'est pire que sur mon blog ici… y'a de la poussière ! ;) mais peut-être qu'au moins tu bosses sur un roman…
sinon, si tu es en rad d'idées, j'en ai une ! :
« Comment j'ai perdu mon nez ?! ou l'étonnante histoire du soleil tapeur»
ou encore « Scalp boule de neige : moniteur de ski » ?! nan ? ça te tente pas ?
allez, encre bien et à la prochaine !
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